LA LOI DU DÉSIR
Du conditionnement social vers la liberté personnelle…
Festival off d’Avignon – 2026
Avignon – Reine blanche / 22h
Texte : Esteban Hupé et Barnabé Lambert
Mise en scène : Esteban Hupé
La Porcherie
À 17 ans, il est encore vierge. Privé d’éducation sexuelle et écrasé par la pornographie et les discours masculinistes qui traversent les cours d’école, il est perdu. Il a l’impression d’être anormal, d’avoir un problème que les autres n’ont pas. Tous les jours cette même question se pose : est-ce qu’un jour sa vie d’adulte va vraiment commencer ? Malgré les questions et les doutes, il se fait une promesse : ce soir, il couchera. Ce seul en scène présente une multitude de personnages : un prêtre culturiste, une cérémonie d’émasculation, des ados déchaînés, un camionneur fou, une travailleuse du sexe, une perruche de Madagascar... qui bouleverseront la vie de notre personnage principal.
(Présentation du spectacle sur le programme du off)
Esteban Hupé et Barnabé Lambert abordent dans La loi du désir un thème d’actualité particulièrement sensible : celui de l’éducation sexuelle et affective des jeunes. Barnabé Lambert incarne avec talent et grande sensibilité un jeune mal dans sa peau parce qu’il n’a pas encore couché avec une fille. Barnabé qui a suivi en plus de sa formation de comédien une formation de clown parvient à nous faire rire malgré le sérieux du sujet. La loi du désir nous fait rire, nous fait réfléchir et nous interroge, tout cela à la fois dans un univers onirique et farfelu (cela débute par un cauchemar) déployant divers tableaux jusqu’à la rencontre non intentionnelle avec une prostituée. Le quotidien de Barnabé se résume par ce qu’il appelle le triangle infernal (« un endroit dans lequel on enterre sa solitude » pour citer les auteurs du spectacle) : « bouffer, fumer, se branler », incluant pornographie et masturbation, et mésestime de soi dans un contexte de discours « masculinistes » très répandus ces derniers temps sur Internet. L’accès à Internet pour tous ainsi que la démocratisation des smartphones exposent les adolescents de plus en plus tôt à la pornographie. Avant l’ère du smartphone pour visionner un « porno » il fallait se déplacer et entrer dans un sex shop au risque de se faire reconnaître… La honte pouvait en dissuader beaucoup d’entrer dans ce genre de commerce. Aujourd’hui dans l’anonymat de son chez soi la pornographie est largement accessible et cela gratuitement. D’où la difficulté pour les éducateurs (parents, professeurs, religieux) de donner une éducation sexuelle et affective qui ne sépare pas la sexualité de l’amour et des sentiments.
Les catholiques qui verront ce spectacle seront probablement surpris d’entendre un cantique d’Eglise Regardez l’humilité de Dieu :
https://www.youtube.com/watch?v=RvWd4XLHCa4&list=RDRvWd4XLHCa4&start_radio=1
Après discussion avec Barnabé et Esteban cette inclusion du cantique dans le spectacle ne peut se comprendre que par rapport au discours « masculiniste » qui trouve parfois un écho chez de jeunes catholiques « identitaires » … pour lesquels la force et la virilité priment sur la douceur et l’humilité… Je suis doux et humble de cœur affirme pourtant Jésus en Matthieu 11, 29 et les Béatitudes proclament heureux les doux (Matthieu 5, 4). Le discours masculiniste peut donc instrumentaliser la religion catholique pour la mettre au service de ses thèses. Mais bien avant cette courant « masculiniste », (peut-être en réaction à un féminisme extrémiste développant la haine du « mâle » : le mâle c’est le mal ? Ou bien d’après Barnabé, Esteban et Jeanne en réaction quasi allergique au phénomène « Me too ») tous les hommes ayant connu la période du service militaire dans leur jeunesse (c’est mon cas) peuvent témoigner qu’être puceau était considéré comme une maladie honteuse, une tare de la personnalité, une anomalie, chacun vantant devant ses camarades ses « exploits » en matière sexuelle, exploits dont on pouvait légitimement douter qu’ils fussent réels… Toujours est-il que dans les casernes la sexualité pornographique dominait largement les conversations, les blagues etc… et les visionnages de DVD quand on était coincé le week-end.
Tout l’intérêt de ce très beau seul en scène, magnifiquement incarné par Barnabé Lambert, consiste à se poser la question philosophique de notre liberté par rapport aux conditionnements de notre entourage, ici dans le domaine essentiel du rapport hommes-femmes et de la sexualité. C’est un cliché de rappeler que depuis mai 68 règne « la libération » sexuelle… Il est interdit d’interdire et bien des tabous moraux et des commandements religieux ont perdu de leur vigueur… Mais La loi du désir nous montre que la libération sexuelle ne résout pas tous les problèmes. Le défi de construire sa personnalité librement n’en est que plus fort à l’ère du « tout porno ». D’où le choix de mon titre pour cette critique : Du conditionnement social vers la liberté personnelle… Ce spectacle peut nous aider à saisir que libération ne veut pas dire licence, et que la véritable liberté est un combat y compris contre les messages d’une société consumériste et hédoniste qui considère la relation sexuelle comme un simple objet de jouissance parmi tant d’autres, avec le risque évident d’un rapport malsain entre hommes et femmes. Si La loi du désir dénonce le discours masculiniste répandu sur Internet, il est frappant de constater que d’autres discours alternatifs, voire opposés, coexistent dans les vidéos des influenceurs sur You Tube comme ceux exaltant la virginité, la chasteté et préconisant l’abstinence totale de masturbation : le mouvement « NoFap ».
En voici un exemple parmi tant d’autres :
https://www.youtube.com/watch?v=eBHuMd4PiKk&t=964s
https://www.youtube.com/watch?v=sthrRCMgVUk&t=4s

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