samedi 18 juillet 2026

LA PROCHAINE FOIS QUE TU MORDRAS LA POUSSIERE (Panayotis Pascot)

 



LA PROCHAINE FOIS QUE TU MORDRAS LA POUSSIÈRE

Quand la mort du père ressuscite le fils

Festival off d’Avignon – 2026

Théâtre des Halles / 19h

Texte : d’après Panayotis Pascot

Mise en scène : Paul Pascot

Compagnie Bon-qu’à-ça et Pillow Lava

Paul Pascot adapte et met en scène le roman à succès de son frère, Panayotis Pascot.

Pour la première fois au Festival à Avignon après plus de 100 représentations, en France, en Belgique et en Suisse.

Cette adaptation du roman de Panayotis Pascot fait résonner le face à face, intime et universel, entre un fils et son père. Dans l'attente d'une fin annoncée, au cœur des urgences d'un hôpital hors du temps, le fils revisite leur histoire commune. Il convoque souvenirs, silences, maladresses, pudeurs, éclats d'humour, et démonte avec précision les mécanismes d'une relation empêchée. Une traversée sensible, urgente et poignante, où affleurent les vérités longtemps refoulées.

"Un spectacle bouleversant" - LE MONDE

"Du grand théâtre" - LIBÉRATION

"Paul Pascot adapte avec grâce le livre à succès de son frère" - TÊTU

"Une adaptation poignante. Courez-y". - LE FIGARO

(Description du spectacle sur le site du festival off).

Le philosophe allemand Arthur Schopenhauer a écrit que sans la mort ni la philosophie ni la religion n’existeraient… Dans le bouleversant spectacle La prochaine fois que tu mordras la poussière, remarquablement interprété par Romeo Mariani dans le rôle du fils, la mort imminente du père (Yann Pradal) provoque un considérable travail d’anamnèse chez le fils. Cette pièce, adaptée par Paul Pascot à partir du roman de son frère Panayotis, nous plonge dans la psyché d’un jeune homme aux prises avec un passé difficile. Trois thèmes principaux constituent les fils entremêlés de ce travail de mémoire : la relation fils-père, la découverte de son identité sexuelle et la dépression. De ces trois fils, c’est le premier qui domine l’adaptation et la mise en scène de Paul Pascot sans pour autant passer sous silence les deux autres. Tout commence dans la salle d’attente des urgences d’un hôpital sous le signe de l’attente du diagnostic… qui sera celui de la mort imminente du père. Dès son plus jeune âge le fils avait déjà peur de la mort de ses parents la nuit. Chaque nuit il se levait pour bien vérifier qu’ils respiraient encore… Entre cette peur de la mort dans l’enfance du fils et l’annonce de la mort réelle dans le présent de sa jeune existence, celui-ci déroule sous nos yeux, à la manière d’une confession poignante, la mosaïque de sa relation insatisfaisante, tourmentée, avec son père, dans une succession de petits tableaux de vie où tout n’est pas noir. Quelques rares moments de grâce affleurent à la surface d’une relation fondamentalement ratée dans laquelle les sentiments sont comme prisonniers d’un blocage à la fois chez le père et chez le fils. C’est ce blocage relationnel, source de grandes souffrances, que Romeo interprète brillamment et avec grande sensibilité, nous entrainant avec lui dans son introspection et dans ses multiples questionnements. La charge psychologique qui pèse sur les épaules de ce jeune homme est d’autant plus lourde qu’il doit peu à peu assumer la découverte de son homosexualité alors que la relation d’amour entre père et fils peine à s’incarner dans les mots et les attitudes correspondantes. Le passage du spectacle sur la dépression, dans laquelle le fils finit par sombrer, est particulièrement saisissant. A quoi bon faire son lit le matin puisqu’il faudra le défaire et le refaire ? etc. Le mécanisme implacable de la dépression s’impose à nous dans une précision chirurgicale jusqu’au point extrême… Comment assumer la répétition quotidienne des activités, des gestes dont notre vie humaine est faite ? Ce gris de la monotonie qui peut donner des idées noires. La dépression est terrible en ce qu’elle brise le dynamisme de la vie humaine, asséchant l’énergie en nous qui nous permet de recommencer chaque jour les mêmes actes sans désespérer de l’humaine condition. Le commencement du livre de l’Ecclésiaste, un livre de sagesse dans l’Ancien Testament, pose lui-aussi la question fondamentale : A quoi bon ?

Vanité des vanités disait Qohèleth. Vanité des vanités, tout est vanité ! Quel profit l’homme retire-t-il de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ? Une génération s’en va, une génération s’en vient, et la terre subsiste toujours. Le soleil se lève, le soleil se couche ; il se hâte de retourner à sa place, et de nouveau il se lèvera. Le vent part vers le sud, il tourne vers le nord ; il tourne et il tourne, et recommence à tournoyer. Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est pas remplie ; dans le sens où vont les fleuves, les fleuves continuent de couler. Tout discours est fatigant, on ne peut jamais tout dire. L’œil n’a jamais fini de voir, ni l’oreille d’entendre. Ce qui a existé, c’est cela qui existera ; ce qui s’est fait, c’est cela qui se fera ; rien de nouveau sous le soleil. Y a-t-il une seule chose dont on dise : « Voilà enfin du nouveau ! » – Non, cela existait déjà dans les siècles passés. Mais, il ne reste pas de souvenir d’autrefois ; de même, les événements futurs ne laisseront pas de souvenir après eux. (Chapitre I)

Si le thème de La prochaine fois que tu mordras la poussière est lourd de toute la souffrance psychologique accumulée par le fils (mais aussi par le père), l’interprétation de Romeo ne tombe ni dans le pathos ni dans la mélancolie. Elle est au contraire légère et presque joyeuse à certains moments. Alors que son père va mourir Romeo, lui, est bien vivant, ayant traversé l’épreuve de la dépression. Son anamnèse n’a donc rien de déprimant. Nous ne sommes pas dans le registre de la désespérance. Son travail de mémoire, nous le percevons, est source pour lui de libération puisque ses sentiments sortent enfin. L’introspection déclenchée par la mort de son père guérit le fils.

L’un de mes coups de cœur de cette édition 2026 du festival off.

 

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire