LE POIDS DE L’EAU
Récit d’initiation et de libération
Festival off d’Avignon – 2026
Théâtre de la Carreterie / 14h35
Texte : Alexandre Testagrossa
Mise en scène : Joseph Gabison, Alexandre Testagrossa
Compagnie Scenartistes
Quand une rencontre improbable devient un tourbillon irréversible.
Dans les vestiaires d'une piscine, deux inconnus se croisent pour la première fois. Le décor est ordinaire, presque anonyme ; la rencontre, elle, ne l'est pas. Un élan inexplicable fait tomber les défenses et ouvre la voie à des confidences brutes, fragments de vies marquées par la douleur, la solitude et les silences. Entre l'odeur de chlore et la vapeur d'eau, naît une amitié improbable, presque urgente. Au fil de discussions intenses et de confrontations plus intimes, les deux hommes tentent de mettre des mots sur ce qui les traverse. Le sport, puis le théâtre, deviennent un terrain métaphorique où se rejouent la peur de décevoir, l'attrait du danger, le vertige du changement, le poids du choix et celui du renoncement. Entre réalité et zones suspendues, là où les pensées non dites prennent corps, Le Poids de l'Eau explore cet instant fragile où l'on pressent qu'une autre voie est possible, sans savoir encore si l'on aura le courage de l'emprunter. Une pièce sur l'amitié, le désir et la nécessité, parfois, d'inventer sa propre ligne de vie.
(Description du spectacle sur le site du festival Off)
J’ai toujours été sensible aux récits d’initiation entre deux personnes, l’une plus jeune, l’autre plus âgée. Pour moi l’exemple indépassable de ce type de récit demeure l’excellent film de Gus van Sant, Will hunting (1997) qui révéla tout le talent et le potentiel de Matt Damon aux côtés du regretté Robin Williams. Je pourrais aussi citer A la rencontre de Forrester (Gus Van Sant, 2000) et Gran Torino (Clint Eastwood, 2008). Le poids de l’eau est aussi, à sa manière, un magnifique récit d’initiation mutuelle entre un jeune homme Julien (interprété par Joseph Gabison) et un homme plus âgé Franck (interprété par Alexandre Testagrossa). Tout commence par une rencontre entre deux nageurs dans les vestiaires d’une piscine au moment où l’on change ses vêtements de nageur pour reprendre ceux de la vie quotidienne. Tout commence par la plus banale des conversations : Tout va bien ? (Julien) / Tout va bien (Franck). Puis le récit va progressivement nous révéler à quel point tout ne va pas bien pour ces deux hommes que la différence de génération semble opposer mais qui ont beaucoup d’expériences en commun, dont, pour parler de la plus extérieure, la passion pour la nage avec quelques victoires en compétition. Le très beau texte d’Alexandre Testagrossa va nous conduire au fond du puits de Julien et de Franck, au fond de ce qui fait que, malgré les apparences, tout ne va pas bien. De cette conversation banale au départ va naître un véritable échange, une amitié inattendue qui va permettre à chacun d’être en vérité avec un passé douloureux. Ce sera comme une révélation réciproque rendue possible par l’amitié. C’est précisément en lien avec leur passion pour la nage que Franck et Julien ont vécu des traumatismes, des blessures et des souffrances, qui les a plongés au fond de leur puits respectif, dans une triste solitude, même si le jeune Julien donne le change en exposant sa vie remplie de fêtes et de rencontres… De la nage au théâtre la révélation va encore s’approfondir… Julien, lorsqu’il était collégien, avait joué le rôle de Cyrano de Bergerac, c’était ses jeux olympiques à lui… Franck va lui proposer de se remettre au théâtre via un stage dans une école. A deux ils vont préparer une pièce qui se terminera par une improvisation. C’est en jouant ensemble, c’est en se battant, en n’étant pas d’accord, que Franck et Julien vont finir par pouvoir se dire la vérité l’un à l’autre. Comme si pour eux le théâtre, la parole, le jeu et la scène avaient un pouvoir libérateur. Ces deux hommes, en se fréquentant, en se parlant (en ne se parlant plus), en se fâchant, en s’estimant l’un l’autre, vont mutuellement se guérir de leurs traumatismes et devenir capables de pouvoir à nouveau aimer et être aimé. Il s’agit bien de chasser la peur pour, comme le dit si bien la présentation du spectacle, expérimenter le vertige du changement, le poids du choix et celui du renoncement.
Le poids de l’eau que j’ai pu voir in extremis, le dernier jour de cette édition 2026 du festival d’Avignon, fait partie de mes coups de cœur. Il s’agit d’un très beau texte, d’une mise en scène simple et sobre, au service du texte, remarquablement interprété par deux excellents comédiens. En les regardant jouer on a vraiment l’impression qu’ils ne jouent pas, mais qu’Alexandre est Franck, Joseph Julien et vice versa. L’incarnation des deux personnages par Alexandre et Joseph est d’une rare et intense sensibilité avec une émotion à fleur de peau. Ce récit d’initiation-révélation-guérison nous émeut jusqu’à en pleurer d’émotion. Alexandre Testagrossa et Joseph Gabison nous donnent à travers leur magnifique interprétation du Poids de l’eau une leçon d’humanité que l’on gardera pour longtemps dans son cœur, une leçon qui amène chacun à réfléchir sur sa profonde nature, sur sa vocation, sur ce qui peut combler ici-bas un cœur et nous faire goûter, malgré les épreuves, une part de bonheur. L’instant final, celui qui clôt et ouvre en même temps toute la pièce, est suggéré, ébauché, comme une promesse de bonheur, comme la sérénité d’une réconciliation enfin à portée de main.

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