(Roberte Lentsch) SAMEDI 11 JUILLET 2026
« Si une histoire frappe à ta porte » : comment écrire une nouvelle histoire nous a-t-on demandé « Au coin de la Lune »…
Lisons le « De Natura Rerum », l’Evangile de la Nature, lui répond-on au Théâtre des Halles.
Oui, mais quand ? « La nuit, juste avant les forêts » dans la noirceur de la solitude, et sur la scène du Théâtre des Corps-Saints.
Des titres poétiques qui laissent entrevoir des facettes différentes de la pauvre humanité que nous sommes.
Joués dans trois théâtres bien connus des avignonnais… qui connaissent aussi l’ histoire de leur ville.
Au Coin de la Lune
L’un des 4 théâtres de la Compagnie de la Luna sous le nom évocateur de la déesse de la nuit, se situe au 24 de la rue Buffon.
Le terrain de jeux du rêveur et du romantique (nous dit la Cie de La Luna) laisse la place à l’homme de science : le nom du grand naturaliste et écrivain a été donné à cette artère droite coupant des jardins et prairies à l’origine, terrains à l’aspect longtemps rural qu’on appelait Les Grands Jardins, compris entre l’enceinte du XIII°s et celle du XIV°s. C’est seulement en 1880 que la rue est percée, ce qui explique la nature des façades, avec de beaux exemples d’architecture moderne voire d’art déco.
L’activité de Georges-Louis Leclerc de Buffon couvre tout le XVIII°s, dans la veine des encyclopédistes de l’époque des Lumières : son Histoire Naturelle, en 44 volumes, d’une très grande importance, permit la diffusion des connaissances scientifiques, et surtout leur vulgarisation. Mais il écrivit également un Discours sur le style, suivi de L’Art d’écrire., que nos invités professionnels ont sans doute déjà lu.
On reconnaît à Buffon de nombreuses citations dont celle-ci faite pour des hommes de théâtre, non ? : « Le style est l’homme même ».
Pour ma part, je leur offre celle-ci « Fermons l’oreille aux aboiements de la critique ».
Le Théâtre des Halles
comme son nom ne l’indique pas, les halles étant situées un peu plus loin, le théâtre donc occupe l’ancien vaste couvent de Sainte-Claire.
Les Clarisses s’établissent à Avignon vers 1230 peu après la fondation de leur ordre. Reconstruite au XIV°s grâce aux dons du second pape d’Avignon, Jean XXII, l’église est embellie aux XVII° et XVIII°s. Le couvent sera démantelé en habitations et vendu sous la Révolution.
Savez-vous qu’un homme célèbre vécut là quelque temps, dans une dépendance? Jean-Henri Fabre, le célèbre naturaliste et entomologiste ! « L’Observateur inimitable » de Darwin, « l’Homère des insectes » pour Victor Hugo, le « Virgile des insectes » pour Edmond Rostand… Bref, un monument de la science.
Mais c’est un fait historique tout aussi célèbre qui rendra le site éternel : « c’est en l’an de grâce 1327, à la première heure du 6 avril, que j’entrai dans le labyrinthe de l’amour » écrira plus tard le poète Pétrarque qui vient de rencontrer la belle Laure, sublimée dans son œuvre littéraire, figure même de l’amour impossible. La belle dame lui sera ravie sans doute par la peste de 1348, le même jour, le même mois et à la même heure. N’est-ce pas le lieu idéal pour le théâtre et la poésie !?
La pièce dont vous avez parlé est joué dans la salle capitulaire (de capitulum chapitre) c’est à dire le lieu où se réunit chaque jour la communauté religieuse d’un monastère par exemple ou d’une cathédrale. On y traite les affaires courantes. C’est donc le symbole de la relation sociale et temporelle des religieuses. Je ne doute pas que les comédiens qui maintenant y évoluent aient à leur tour voix au chapitre.
Quant au Théâtre des Corps-Saints,
situé à l’angle de la place du même nom, où l’on va se diriger maintenant, l’histoire est en résonance avec la pièce dont va vous parler le père Culat.
Ici, il y a bien longtemps, au XIII°s, s’étendait près d’un hospice, le petit cimetière des pauvres gens, hors de l’enceinte de la ville (la première, celle du XIII°s). C’est alors qu’en 1387 y est enterré le Bienheureux Pierre de Luxembourg, en toute humilité, selon son vœu, au milieu des indigents. Bien vite, des miracles attirent les pèlerins jusqu’à ce que l’un de nos derniers papes Clément VII autorise les Célestins à y construire un monastère.
Dans le choeur était déposé le tombeau de marbre du pape Clément VII posé sur un pavé de jaspe. N’en reste à ce jour que la tête du gisant conservée au musée du Petit Palais. Rappelons que parmi les œuvres d’art magnifiques, peintures, sculptures, retables, on peut citer le fameux Portement de Croix sculpté par Francesco Laurana en 1478, commandé par le roi René pour orner le maître-autel. On peut l’admirer aujourd’hui dans l’église St-Didier.
Au XVII°s, on transfère, dans l’église des Célestins, les reliques de saint Bénezet fondateur du célèbre pont, et qui se trouvaient alors dans une petite chapelle construite sur le pont devenu bien branlant suite aux nombreuses crues du Rhône. La place DU Corps-Saint devient celle DES Corps-Saints.
A la même époque on remplace les portails gothiques de l’église et du cloître par de grands portails classiques sculptés par Royers de la Valfenière. En 1801 succursale des Invalides, puis Pénitencier militaire jusqu’en 1900.
Avant de vous embarquer dans le labyrinthe de la forêt de mots qu’est la pièce qui suit, permettez-moi cette dernière citation de Buffon : « Une seule chose est plus tragique que la souffrance, c’est la vie d’un homme heureux ».
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