(Roberte Lentsch) SAMEDI 25 JUILLET 2026
Notre tour d’horizon des théâtres évoqués aujourd’hui nous emmènera de la place de l’Horloge à la rue St-Agricol, dans le même quartier. Nous laisserons de côté le Coin de la Lune évoqué il y a deux semaines. Ecartons le rideau rouge, celui de la scène, sur laquelle chaque soir, chaque jour, sont dévoilées nos passions ...
Et d’abord, le théâtre du Cinévox
idéalement situé, sous les platanes de la Place de l’Horloge, et face à l’Hôtel de Ville, lieu du pouvoir depuis le XV°s.
La Maison Commune s’installe en effet en 1447 sur une partie du forum romain, dans l’ancienne livrée du cardinal d’Albano (XIV°s). elle subsistera ainsi jusqu’au XIX°s où l’on décide d’abattre les bâtiments anciens devenus vétustes et inconfortables. On conservera cependant la haute tour médiévale qui abrite des peintures et un carrelage d’origine. Les travaux neufs sont confiés à l’architecte municipal, Joseph-Auguste Joffroy et s’étendent sur une décennie (1845-1856). Bien qu’inachevé, le nouvel édifice est inauguré le 24 septembre 1852 par le Prince Président Louis Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III. C’est un édifice néo-classique éclairé par de larges baies, auquel on ajoutera un portique supportant un balcon. Vous pouvez visiter la magnifique Salle des Fêtes longue de 80m et au programme décoratif remarquable : stucs et dorures, sculptures et peintures de la Nouvelle Ecole d’Avignon.
Du lieu de pouvoir portons-nous vers un lieu de plaisir, celui du cinéma et remontons dans le temps jusqu’en 1922, lorsque débute l’histoire de la famille Bizot, toujours présente : à cette date le grand-père décide de changer de vie et investit dans un cinéma qui porte à ses débuts un nom de rêve L’Eldorado. Là, en 1929, on voit et on entend pour la première fois le premier film parlant américain : Le Chanteur de jazz, avec le non moins célèbre Al Jolson.
Après la guerre, le cinéma dont l’industrie évolue vite, transforme L’Eldorado en Vox et les générations se succèdent : le fils puis le petit-fils continuent l’aventure d’un cinéma familial indépendant faisant de ce lieu incontournable un phare de la vie culturelle y compris pendant le Festival. Les projections cessent alors et le théâtre OFF prend place dans les deux salles.
La vie culturelle théâtrale peut continuer d’autant mieux que le Vox est plutôt bien entouré : l’Opéra-théâtre juste en face, haut-lieu du IN et, à une rue plus loin, l’historique voire la mythique Maison Jean Vilar, dépositaire de l’oeuvre du créateur du Festival d’Avignon en 1947.
Quittons nos fauteuils rouges, et contournons la mairie pour descendre la rue Saint-Agricol.
Avant d’entrer dans le Petit Louvre, arrêtons-nous un instant dans cette rue qui aujourd’hui porte le nom de l’église proche. En des temps anciens la rue s’appelait de l’Harengerie, autrement dit des harengs que l’on y vendait, ou de l’Orangerie peut-être par corruption du nom. A moins que ce soit vraiment la vente d’oranges. En 1843, on lui accole celui du saint protecteur de la ville, Agricol.
Le saint patron de notre cité est donc saint Agricol. Nous savons peu de choses de l’un de nos évêques sauf qu’il vécut au VII°s. Très tôt, et comme son père, Magne, il est formé au monastère de l’abbaye de Lérins avant de lui succéder vers l’âge de trente ans comme évêque. S’étant rendu illustre par ses vertus et ses miracles, il meurt en septembre 700. Ce saint évêque aurait donné sa maison pour établir une église en ce lieu. Au XIVe siècle, l’église bénéficiant des libéralités du pape Jean XXII est entièrement rebâtie et élevée au rang de collégiale. Ce titre lui permet d’accueillir les reliques de ses évêques Magne et Agricol. déposées actuellement dans le chœur, sous le maître-autel. En 1647, Agricol est proclamé officiellement patron de la ville d’Avignon.
Saint Agricol est invoqué dans la protection des cultures agricoles. Les images pieuses le représentent à genoux intercédant auprès de la Vierge pour faire tomber une pluie bienfaisante durant les périodes de sécheresse. Avec parfois, une cigogne auprès de lui : en effet, selon la légende, notre premier évêque débarrassa la ville de nombreuses cigognes qui la polluaient ou, autre version, il envoya des cigognes contre une invasion de crapauds et de serpents infestant la ville. Le maître-autel de marbre jaune et blanc est sculpté par JB Péru en 1767 qui n’a pas oublié d’y figurer des cigognes. Bien d’autres chefs d’œuvre vous y attendent.
Le Petit Louvre
On traverse la rue pour entrer dans le Petit Louvre par une longue galerie peinte : l’ établissement qui accueille, entre autres, deux scènes de théâtre, est connu pour occuper l’emplacement d’une commanderie de Templiers. Les chevaliers de l’Ordre du Temple s’installent à Avignon à la fin du XII°s. De la vaste commanderie, ne subsiste aujourd’hui que la chapelle édifiée entre 1273 et 1281, considérée comme l’un des plus anciens édifices religieux du XIII°s conservés. La chapelle présente une nef unique à chevet plat et à 4 travées, percées de hautes fenêtres étroites. A la suppression de l’ordre en 1312, par Clément V premier pape d’Avignon, ses biens sont attribués aux Hospitaliers de St-Jean de Jérusalem alors installés sur l’actuelle place Pie et ce, jusqu’à la période Révolutionnaire, les bâtiments étant vendus en 1793. Puis démolis vers 1830, à l’exception de la chapelle. Ils accueillent bientôt l’Hôtellerie du Pont, puis l’Hôtel du Louvre que gère entre autres le félibre Anselme Mathieu, la chapelle servant de salle à manger à l’établissement.
Là se retrouvent, autour d’Anselme Mathieu, les principaux félibres Mistral, Aubanel et Roumanille qui lui, installe sa librairie en 1855 juste à côté, dans la rue St-Agricol.
Le renouveau de la langue et de la littérature provençales en ce milieu du XIX°s, porté par Frédéric Mistral, prend alors son essor. Ses statuts publiés en 1854 nous apprennent que le « félibrige est gai, musical, fraternel, plein de simplicité et de franchise ».
Une constatation que ne renierait pas l’auteur de la pièce dont vous allez nous parler en nous emmenant dans la Salle Van Gogh de ce Petit Louvre qui a tout du grand lorsqu’il parle de littérature ! et qui pose de vraies questions : qu’est-ce que la littérature, justement ? Notre patrimoine littéraire doit-il être défendu ? Pourquoi certains auteurs font-ils des chefs d’oeuvre et d’autres tombent-ils dans l’oubli ?
Vous allez bientôt tout savoir : alors ouvrez vos oreilles… avant d’ouvrir un livre !
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